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Nouveau Larousse illustré, dictionnaire universelle encyclopédique, sous la direction de Claude Augé, Larousse, Paris, c.1900, tome cinquième, p.66

L’ouvrage d’où j’ai extrait cette définition est le « Nouveau Larousse illustré, dictionnaire universelle encyclopédique », publié à Paris sous la direction de Claude Augé. Il s’agit d’un imposant dictionnaire en 15 volumes dépourvu de date d’impression ou de dépôt légal. Je me suis amusé à essayer de le dater à partir des notices biographiques qui y figurent, tel homme d’état n’était pas encore mort au moment de la rédaction alors que tel autre l’était déjà. Les premiers tomes ont probablement été imprimés autour de 1899-1901. L’illustration associée représente un jouet aussi appelé papillon mécanique, assez facile à construire (voir les instructions ci-dessous) et qui utilise l’énergie de torsion d’un élastique pour actionner les hélices :

Mais les progrès en aéronautique sont rapides à cette époque. Les deux derniers tomes du dictionnaire de mon arrière-grand-père sont des suppléments. Ils rassemblent des ajouts importants et sont un peu plus récents : ils ont vraisemblablement été publiés autour de 1904-1905. On n’y trouve pas une nouvelle entrée pour hélicoptère mais au mot « hélice » on peut lire les précisions suivantes :

« Les partisans du plus lourd que l’air, pour la navigation aérienne ont renoncé, pour la plupart, à l’hélicoptère, appareil dont la suspension est obtenue par une ou plusieurs hélices verticales. Cependant, le colonel Renard, dans une étude très documentée, présentée à l’Académie des sciences le 23 novembre 1903, montre qu’on peut construire des hélices suspensives capables de soulever un poids utile, si le moteur qui les actionne ne dépasse pas le poids de trois kilogrammes par cheval de force. » (1er supplément, p.285)


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Nouveau Larousse illustré, dictionnaire universelle encyclopédique, sous la direction de Claude Augé, Larousse, Paris, c.1900, supplément I, p.285

Diantre ! L’hélicoptère n’est pas encore utilisable mais on est déjà loin du jouet pour enfant. En effet, si l’histoire de l’aviation a oublié depuis longtemps les expériences du colonel Renard, elles précédèrent de peu le premier décollage réussi en 1907 (voir la page wikipédia sur l’hélicoptère pour un historique sérieux).

Je sais combien il est facile de se moquer a posteriori du manque de clairvoyance de nos aînés. Ce n’était d’ailleurs pas le propos de ce billet. Je suis surtout sensible à cette poésie si particulière aux rêves d’anticipation déçus par la réalité… Nous avons à la fois trop et trop peu d’imagination ! Nous fantasmons un avenir incroyable de progrès mais nous sommes absolument incapables de l’imaginer dans son foisonnement, ni même de simplement percevoir la direction que prendront ces progrès. Dans les délires les plus débridés des futurologues, nos descendants conservent beaucoup de nos habitudes de vie et de nos modes vestimentaires. Souvenez-vous des tenues délicieusement datés des personnages de la série télévisée anglaise Cosmos 1999

En attendant, l’hélicoptère en a fait rêver plus d’un. En témoignent certaines des vignettes sur l’an 2000, éditées en 1910 et présentées sur le site de la BNF et qui se proposaient d’imaginer comment nous pourrions vivre. En 2009, Marcel Proust[1] avec son col amidonné passerait difficilement inaperçu et, en tout cas, il ne pourrait toujours pas de faire une partie de tennis héliporté avec Gilberte et Robert de Saint-Loup…


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Visions de l'an 2000, Villemard, 1910, chromolithographie Paris, BNF
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Visions de l'an 2000, Villemard, 1910, chromolithographie Paris, BNF

A peine plus délirants et décalés, les rêves de déplacements aériens futurs mais mettant en scène une parfaite famille de l'American way of life des années 50.

La presse, même la plus sérieuse, s’y laisse prendre souvent, comme l’article ci-dessous paru dans le monde daté d’avril 1958 à propos du « rotor-cycle » qui me fait irrésistiblement penser au fantacoptère inventé par Franquin dans l’album « Spirou et les héritiers » (1952)…


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Spirou et les héritiers, Franquin, Dupuis, 1952

Quand j’étais enfant, j’étais certain que nous nous déplacerions tous en hélicoptère individuel. Je n’ai toujours pas effectué de vol en hélicoptère et il est peu probable que j’ai, un jour, besoin d’aménager un héliport privé dans mon jardin… Et franchement, ce n’est pas plus mal !

Notes

[1] cette remarque sur Marcel Proust (à qui me faisaient penser les fines moustaches et les pantalons blancs serrés des joueurs de tennis de l'illustration) est d'ailleurs assez injuste. A de nombreuses reprises, Proust fait preuve d'une étonnante curiosité intellectuelle. Ainsi, dans "A l'ombre des jeunes filles en fleur", il se moque de ceux qui ne croyaient pas en l'aéronautique : « Chaque fois que la société est momentanément immobile, ceux qui y vivent s'imaginent qu'aucun changement n'aura plus lieu, de même qu'ayant vu commencer le téléphone, ils ne veulent pas croire à l'aéroplane », « on peut avoir eu du génie et ne pas avoir cru à l'avenir (...) des avions », « Pour se promener dans les airs, il n'est pas nécessaire d'avoir l'automobile la plus puissante, mais une automobile qui, ne continuant pas de courir à terre et coupant d'un verticale la ligne qu'elle suivait, soit capable de convertir en force ascensionnelle sa vitesse horizontale »